dimanche 18 décembre 2011

Steve, c'est toi ?

Vendredi dernier, j'ai vu Shame. Je n'ai pas trop aimé. Enfin je ne sais pas. Quoi, c'est quand même difficile de dire une fois le clap de fin si on a "aimé" cette plongée new-yorkaise dans la vie d'un type bien sous tous rapports (beau gosse, bel appart, beau job, what else ?) qui, nuit et jour, ne pense qu'à ça ; métro, boulot, films pornos, l'obsession et les gestes qui l'accompagnent pourraient s'avérer clairement banals pour un spectateur qui vit depuis mai les aventures de Dodo la luxure, ou du Bunga Bunga. 

Et puis non, je crois que petit à petit Steve McQueen (certaines croyaient qu'on parlait de The Steve, la honte internationale) réussit à nous mettre aussi mal à l'aise que le personnage principal dont l'errance et le désarroi parviennent à être sublimés par les Variations de Golberg ou les travellings de courses effrénées dans New-York, ville qui devient vite le cadre de la solitude et du mépris. Poussé de plus en plus loin vers les bas fonds pour trouver satisfaction, Brandon, esclave de son addiction, mène une existence misérable. Il en devient même laid, torturé par ses désirs et l'envie d'y mettre fin. 

La grâce du film ? Carrey Mulligan, Sissi, la soeur de Brandon. J'aime bien Carey et son visage angélique à la Michelle Williams. Elle est l'adjuvant de l'histoire. Elle va constituer l'élément déclencheur de la chute de Brandon, qui va l'entraîner égoïstement avec elle, et de leur renaissance. Sissy efface constamment le passé pour mieux recommencer le présent, tout est possible. Seule sa relation avec Brandon laisse le spectateur hésitant ; fraternité ou passé incestueux, le débat est ouvert. A écouter en tout cas, cette super version de New York New York par Carey herself.


Bon, et Michael Fassbender alors ? Pour être plus sure, j'ai regardé Hunger, tourné en 2008 par le même Steve McQueen, qui raconte la lutte de Bobby Sands, célèbre leader de l’IRA mort d’une grève de la faim débutée le 1er mars 1981 dans la prison nord-irlandaise de Long Kesh dite The Maze (« Le labyrinthe »), et qui a reçu le prix de la Caméra d'or à Cannes. Un scénario où le réalisateur a contraint l'acteur à perdre autant de poids qu'un gréviste de la faim, et donc un rôle saisissant pour un film où la prison, espace pourtant clos, devient un lieu où l'on ne cesse de circuler. Et pour revenir à Michael Fassbender, on y retrouve cette importance de la plastique et de la mise en exergue, peut être un peu à l'économie dans Shame, des corps. Autant dire que j'ai été beaucoup plus saisie par Hunger, qui relate des faits politiques réels, ponctués d'extraits de discours de Thatcher, et qui nous plonge dans le conflit irlandais avec la même intensité que Le vent se lève ou Michael Collins.

Un peu hésitante sur Shame, j'ai en tout cas découvert un artiste hors pair. 

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